Accueil Guide de l’indemnisation transport en commun La loi Badinter dans les transports
Page de référence du cocon — loi n° 85-677 du 5 juillet 1985

La loi Badinter dans les transports en commun : le guide de référence

Bus, trolleybus, car, tramway, métro, funiculaire, navette maritime : tous les transports en commun ne relèvent pas du même régime juridique en cas d’accident. Cette page fait le point, mode par mode, sur le champ d’application exact de la loi Badinter du 5 juillet 1985 — le texte fondateur de l’indemnisation des victimes d’accidents impliquant un véhicule terrestre à moteur.

Rédigé par Maître Lionel Sarfati, avocat au Barreau de Marseille depuis 2011

Réponse directe

La réponse en tableau : la loi Badinter s’applique-t-elle à votre transport ?

La loi Badinter ne s’applique qu’aux accidents impliquant un « véhicule terrestre à moteur circulant sur une voie ouverte à la circulation publique ». Cette définition, en apparence simple, exclut certains modes de transport en commun et en inclut d’autres de façon parfois contre-intuitive. Voici, mode par mode, le régime applicable et, lorsque la loi Badinter ne joue pas, le fondement alternatif qui protège malgré tout la victime.

Champ d’application de la loi Badinter selon le mode de transport en commun
Mode de transportLoi BadinterFondement si la loi Badinter ne s’applique pasPoint de vigilance
Bus (réseau urbain ou interurbain)✔ OuiL’implication suffit dès que le bus intervient dans l’accident, même à l’arrêt ou moteur coupé.
Trolleybus✔ OuiAssimilé au bus malgré sa motorisation électrique par caténaire : il reste un véhicule terrestre à moteur circulant au sol, en mixité avec la circulation.
Car et autocar (ligne régulière, tourisme, occasionnel)✔ OuiAucune différence de régime entre un car de ligne régulière et un car affrété ponctuellement. Voir notre page responsabilité du transporteur de voyageurs.
Tramway✔ Oui, sauf en site propre totalement isoléResponsabilité contractuelle ou garde de la chose lorsque le tram circule en site propre intégralement séparéLe critère décisif est le tracé exact au moment de l’accident, pas la nature du réseau dans son ensemble. Voir notre page accident de tramway.
Métro et RER✘ NonResponsabilité contractuelle du transporteur (obligation de sécurité de résultat)Absence de circulation sur une voie ouverte à la circulation publique au sens de l’article 1er. Voir notre page accident de métro.
Funiculaire et téléphérique✘ NonResponsabilité contractuelle du transporteur, parfois régime spécifique des remontées mécaniquesTraction par câble, absence de motricité autonome au sol : ces engins sortent du champ de la loi de 1985.
Navette maritime (bateau-bus)✘ NonRégime du transport maritime de passagersN’est pas un véhicule terrestre : la loi Badinter ne s’applique, par définition, qu’aux véhicules terrestres à moteur.

Retenez l’essentiel : dans la quasi-totalité des cas, l’absence de loi Badinter ne signifie jamais l’absence de protection. Le mode de transport écarté du champ de la loi de 1985 reste soumis à une obligation de sécurité au moins aussi exigeante, décrite plus bas et détaillée sur notre page responsabilité du transporteur de voyageurs.

Pourquoi cette loi change tout pour les victimes

Votée après des décennies de contentieux où la victime devait démontrer la faute du conducteur, la loi du 5 juillet 1985 a inversé la logique : dès lors qu’un véhicule terrestre à moteur est impliqué, la victime non conductrice est indemnisée, sauf exception rarissime. Trois mécanismes concrets en découlent.

Aucune faute à prouver

Contrairement au droit commun de la responsabilité civile, la victime n’a pas à démontrer une négligence ou une imprudence du conducteur. Il lui suffit d’établir l’implication du véhicule dans l’accident — une notion interprétée très largement par les tribunaux.

Une offre d’indemnisation obligatoire

L’assureur du véhicule impliqué est tenu de présenter une offre d’indemnisation à la victime, sous peine de sanctions financières. Cette obligation, propre à la loi Badinter, n’existe pas dans les mêmes termes pour les modes de transport qui en sont exclus.

Des délais encadrés par la loi

La loi impose des délais précis : une offre provisionnelle dans les huit mois de l’accident, une offre définitive dans les cinq mois suivant la consolidation de l’état de santé de la victime. Le non-respect de ces délais expose l’assureur à des intérêts majorés.

L’article 1er décrypté : « véhicule terrestre à moteur » et « voie propre »

Deux notions, issues du texte même de l’article 1er de la loi, concentrent l’essentiel des difficultés d’application dans les transports en commun.

Qu’est-ce qu’un véhicule terrestre à moteur au sens de la loi ?

La jurisprudence retient une définition large : tout engin doté d’un moteur, se déplaçant au sol par ses propres moyens, sur une voie ouverte à la circulation publique. Un bus, un trolleybus ou un car répondent sans discussion à cette définition, qu’ils soient à l’arrêt, en mouvement, moteur allumé ou coupé au moment de l’accident. Un véhicule guidé et isolé de la circulation générale, en revanche, échappe à cette qualification — c’est tout l’enjeu du métro et du tramway en site propre.

Le tramway et la notion de « voie propre » : ce que dit la jurisprudence

Le tramway est le cas d’école. Lorsqu’il circule en mixité avec la circulation générale — comme sur de nombreuses artères marseillaises ou niçoises — il est un véhicule terrestre à moteur comme un autre : la loi Badinter s’applique sans discussion. La Cour de cassation a en revanche été amenée à préciser, à propos de rames circulant sur des plateformes totalement isolées de la circulation (site propre intégral, clôturé ou surélevé, comparable à une emprise ferroviaire), que la qualification pouvait évoluer vers un régime proche de celui du chemin de fer, la voie n’étant alors plus « ouverte à la circulation publique » au sens strict retenu par les juges. En pratique, le critère à vérifier est toujours le même : quelle était la configuration exacte des lieux au moment précis de l’accident, et non le régime global du réseau. Notre page accident de tramway détaille cette distinction pour les réseaux du ressort d’Aix-en-Provence.

Quand la loi Badinter ne s’applique pas : vous êtes aussi bien protégé

L’absence de loi Badinter n’a jamais signifié l’absence de droits. Pour le métro, le RER, le funiculaire ou la navette maritime, le passager reste protégé par une obligation de sécurité de résultat : le transporteur s’engage à conduire chaque voyageur sain et sauf à destination, de la montée à bord jusqu’à la descente. En cas d’accident, c’est alors au transporteur de démontrer une cause étrangère qui lui soit non imputable — et non à la victime de prouver sa faute. Ce régime, d’origine contractuelle, offre en pratique un niveau de protection très proche de celui de la loi Badinter, avec une différence essentielle : le passager doit établir qu’il se trouvait bien sous la garde du transporteur au moment de l’accident, ce qui exclut par exemple certains incidents survenus hors de la zone d’embarquement. Notre page responsabilité du transporteur de voyageurs détaille ce régime alternatif et ses conditions d’application.

Cas pratiques frontière

Certaines situations, fréquentes dans les dossiers du cabinet, se situent à la limite entre les régimes. Voici comment elles se tranchent.

Bus à l’arrêt, moteur coupé : la loi Badinter s’applique-t-elle encore ?

Oui. L’implication du véhicule ne suppose ni mouvement ni moteur en marche. Une chute lors de la montée ou de la descente, une porte qui se referme sur un passager pendant un arrêt, ou même un accident causé par le seul stationnement gênant du bus, suffisent à caractériser son implication au sens de la loi.

Tram en zone piétonne : quel régime ?

Une zone piétonne n’est pas une voie fermée à la circulation au sens de la loi Badinter : elle reste ouverte au passage, même réglementé, de piétons et de cyclistes. Le tram qui y circule en mixité avec ces usagers demeure un véhicule terrestre à moteur impliqué au sens classique de la loi, qui s’applique donc pleinement en cas d’accident.

Chute sur le quai du métro, sans que la rame soit impliquée

Si aucune rame n’est intervenue — chute sur un sol glissant, marche défectueuse, bousculade sur le quai — il ne s’agit pas d’un accident de la circulation au sens de la loi Badinter, la rame n’étant pas impliquée. Le recours s’exerce alors sur le fondement de l’obligation de sécurité de l’exploitant ou de la garde d’un ouvrage dangereux. Voir notre page accident de métro, qui détaille la règle des trois zones (rame, quai, escalators).

Le téléphérique du Faron à Toulon : quel fondement ?

Seul appareil de ce type en service dans le ressort de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, le téléphérique du Faron, à Toulon, n’est pas un véhicule terrestre à moteur au sens de la loi de 1985 : il se déplace par traction câblée et ne circule pas sur une voie ouverte à la circulation publique. Un accident survenu à bord relève de la responsabilité contractuelle de l’exploitant, sur le même principe que le métro.

FAQ

Questions fréquentes

Un trolleybus est-il un véhicule terrestre à moteur ?

Oui. Bien qu’il soit alimenté par une caténaire, le trolleybus circule au sol, en mixité avec la circulation générale, et se manœuvre comme un bus. Il répond en tous points à la définition du véhicule terrestre à moteur retenue par l’article 1er de la loi Badinter, qui s’applique donc intégralement.

Et une trottinette percutée par un bus ?

L’usager de la trottinette, électrique ou mécanique, bénéficie de la loi Badinter du seul fait de l’implication du bus dans l’accident. Seule une faute inexcusable de sa part, cause exclusive de l’accident, pourrait limiter son indemnisation : une hypothèse rarissime en pratique face à un bus.

Pourquoi mon assureur invoque-t-il l’« absence d’implication » du véhicule ?

C’est un argument fréquemment avancé pour retarder ou minorer une offre. La notion d’implication est pourtant interprétée largement par les tribunaux : un contact n’est pas nécessaire, un freinage, une manœuvre ou même la seule présence perturbatrice du véhicule au moment de l’accident peuvent suffire à le qualifier d’impliqué.

La loi Badinter joue-t-elle entre le passager et son propre transporteur ?

Oui. L’article 8 de la loi étend expressément son bénéfice aux victimes transportées par le véhicule impliqué lui-même : un passager blessé à bord du bus ou du car n’a donc pas à démontrer une faute du conducteur pour être indemnisé par le transporteur ou son assureur, exactement comme un tiers heurté depuis l’extérieur.

Une question sur votre cas précis ?

Chaque situation a ses particularités : mode de transport, tracé exact, circonstances de l’accident. Décrivez-nous votre dossier, nous vous indiquons gratuitement le régime juridique applicable.

Parler à un avocat

Accidents de la circulation : Accident de la circulation (généralités) · Accident de moto ou de scooter · Accident de vélo ou de trottinette · Piéton renversé sur la route · Coup du lapin (traumatisme cervical)

Accidents de bus, tram & métro : Accident de bus (généralités) · Accident de bus à Marseille (RTM) · Accident de bus à Aix-en-Provence · Accident de bus à Cannes · Accident de bus et tramway à Nice · Accident de bus à Toulon · Chute dans un bus · Freinage brutal · Montée et descente du bus · Piéton renversé par un bus · Collision bus / voiture · Accident de car scolaire · Accident de métro · Accident de tramway · Vos droits après un accident de bus · Guide de l'indemnisation transport en commun · Délais pour agir (prescription) · Recours contre la RTM · Responsabilité du transporteur de voyageurs

Accidents de la vie courante : Accident de la vie courante (généralités) · Chute au domicile d'un proche · Chute dans les parties communes d'un immeuble · Explosion de camping-car

Accidents médicaux : Accident médical (généralités) · Indemnisation CCI / ONIAM

Accidents du travail : Accident du travail (généralités) · Accident de trajet (domicile-travail)

Agressions : Agression (généralités) · CIVI, FGTI et SARVI

Ressources : Nomenclature Dintilhac · Calculateur d'indemnisation · Expertise médicale · Notre méthodologie · Déroulement d'un dossier · Questions fréquentes · Actualités juridiques

Zones d’intervention : Aix-en-Provence · Aubagne · Toulon · Salon-de-Provence · Martigues · Vitrolles · La Ciotat · Istres · Cour d’appel d’Aix

Postes de préjudice & guides : Préjudice esthétique · Assistance tierce personne · Traumatisme crânien · Souffrances endurées · Préjudice d'agrément · Déficit fonctionnel permanent · Incidence professionnelle · Accident de trajet · Coup du lapin · Indemnisation du piéton · Aggravation après consolidation

Le Cabinet : Maître Lionel Sarfati · Résultats obtenus · Avis clients · Honoraires · Contact

Appeler Maître SARFATI Réserver un rendez-vous découverte ! WhatsApp – Échanger avec Maître SARFATI