Maître Lionel SARFATI

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La responsabilité du transporteur de voyageurs, expliquée aux victimes

Obligation de sécurité, loi Badinter, responsabilité du fait des choses : le régime applicable dépend du véhicule, du lieu et du moment précis de l’accident. Cette page explique, dans un langage accessible, pourquoi un passager peut souvent agir sans identifier une faute technique, ce qu’il doit néanmoins prouver et quels moyens de défense peuvent être invoqués.

Rédigé par Maître Lionel SARFATI, avocat au Barreau de Marseille depuis 2011 · Mis à jour le 26 août 2026

L’essentiel en 50 mots

L’essentiel en 50 mots

Le régime dépend du véhicule, du lieu et du moment de l’accident. Pour le métro, le train ou le tramway sur voie propre, l’obligation contractuelle de sécurité couvre classiquement la montée, le trajet et la descente. Un bus ou un car impliqué dans un accident de la circulation relève de la loi Badinter. Les preuves requises et les moyens d’exonération diffèrent donc selon le cas.

D’où vient cette protection : trois textes, un siècle d’histoire

Plusieurs sources protègent le voyageur, mais elles ne se cumulent pas indistinctement. Lorsqu’un véhicule terrestre à moteur est impliqué dans un accident de la circulation, la loi du 5 juillet 1985 institue un régime autonome et d’ordre public qui écarte le droit commun de la responsabilité. Pour le métro, le train ou le tramway sur voie propre, le contrat de transport et les éventuels textes spéciaux redeviennent centraux.

1911 : l’arrêt qui a tout changé

Tout commence avec un arrêt fondateur de la Cour de cassation, rendu le 21 novembre 1911, à propos d’un voyageur blessé pendant un trajet en chemin de fer. Jusqu’alors, une victime devait prouver la faute du transporteur pour obtenir réparation — une preuve souvent impossible à rapporter depuis l’intérieur d’un wagon ou d’un véhicule. La Cour de cassation dégage alors une solution : le contrat de transport comporte, en plus de l’obligation de déplacer le voyageur, une obligation de le conduire sain et sauf à destination. Cette obligation dite « de sécurité » est classiquement qualifiée d’obligation de résultat pendant l’exécution du transport. Le transporteur ne s’exonère pas par la seule preuve de son absence de faute ; il doit établir une cause d’exonération admise.

Sous le régime contractuel, la victime établit l’accident pendant l’exécution du transport et le dommage ; elle n’a pas à identifier elle-même la faute technique qui l’a causé.

L’article 1231-1 du Code civil : le socle contractuel

Cette obligation de sécurité de résultat s’inscrit dans le droit commun des contrats, notamment l’article 1231-1 du code civil. Pour le transport de voyageurs, la victime doit établir que le dommage est survenu pendant l’exécution de l’obligation de sécurité. Le transporteur ne s’exonère pas en démontrant seulement l’absence de faute ; il doit caractériser une cause d’exonération admise par le droit applicable. Ce socle concerne notamment le métro et le transport ferroviaire, sous réserve des textes spéciaux applicables.

La loi Badinter du 5 juillet 1985 : la protection renforcée pour la route

Soixante-quatorze ans plus tard, la loi du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, a créé un régime autonome et d’ordre public pour les accidents impliquant un véhicule terrestre à moteur. Lorsqu’elle s’applique, elle exclut le droit commun de la responsabilité, contractuelle comme délictuelle, ainsi que l’a notamment rappelé la Cour de cassation le 7 avril 2022. Elle bénéficie notamment au passager d’un bus, d’un car ou d’un autocar impliqué. Le tramway appelle une vérification distincte : l’article 1er exclut la rame lorsqu’elle circule sur une voie qui lui est propre ; la responsabilité contractuelle du transporteur peut alors redevenir le fondement central du recours du passager.

Quand commence et finit la protection

L’obligation de sécurité de résultat couvre classiquement la période allant du moment où le voyageur commence à monter jusqu’à celui où il achève de descendre. La loi Badinter suit une autre logique : elle dépend de l’implication du véhicule, sans exiger un contact.

Le régime applicable selon le moment de l’accident
MomentRégime applicableCe que vous devez démontrer
Montée à bordBadinter si un bus ou car est impliqué ; contrat pour le métro, le train ou le tramway sur voie propreRôle du véhicule ou de son équipement, phase de montée et dommage
Pendant le trajetBadinter pour bus/car ; contrat pour métro/train et tram sur voie propreImplication du véhicule ou accident pendant l’exécution du transport
Descente du véhiculeBadinter si un bus ou car est impliqué ; contrat jusqu’à la fin de la descente pour les transports exclus de cette loiRôle de la rame, du bus, de la porte, de la marche ou de la manœuvre
Quais, stations, couloirs, escaliersContrat, fait des choses, faute ou régime d’ouvrage selon les faitsQualité d’usager, rôle causal de l’équipement, gardien et entretien
Abords immédiats de l’arrêt (trottoir)Variable : loi Badinter si le véhicule est impliqué, sinon droit commun ou responsabilité de la voirieL’implication ou non du véhicule dans l’accident

Cette frontière n’est pas un détail théorique : elle détermine les faits à établir, les moyens d’exonération et la procédure d’offre éventuelle. Voir nos pages chute dans un bus et freinage brutal, deux illustrations concrètes de cette protection.

Qui doit prouver quoi après un accident de transport ?

La victime n’a pas toujours à identifier elle-même une faute de conduite, un défaut de freinage ou l’origine technique exacte du mouvement. Elle doit en revanche établir les faits qui déclenchent le régime invoqué. Sous la loi Badinter, cela suppose notamment de caractériser l’accident, l’implication du véhicule, le dommage et son lien avec l’accident. Sous le régime contractuel, il faut établir la qualité de voyageur lorsque celle-ci est discutée, l’accident pendant l’exécution du transport et le dommage. Celui qui invoque une cause d’exonération doit en rapporter la preuve dans les conditions propres au régime applicable.

Quelles preuves conserver ?

Il est utile de noter sans attendre la ligne, l’heure, l’arrêt ou la station et le numéro du véhicule ou de la rame, puis de conserver le titre de transport, les coordonnées des témoins, les photos, le rapport d’incident, les documents des secours et le certificat médical initial. Si le réseau dispose de vidéos, une demande rapide et précisément documentée peut être importante, car leur durée de conservation est souvent limitée, sans que leur communication soit automatique.

Les moyens de défense du transporteur dépendent du régime applicable

La loi Badinter et la responsabilité contractuelle n’admettent pas les mêmes moyens de défense. Il faut éviter de transposer la faute inexcusable de l’article 3 à un accident de métro ou de tramway sur voie propre.

La force majeure

L’article 1218 du code civil exige un événement échappant au contrôle du débiteur, qui ne pouvait être raisonnablement prévu lors du contrat et dont les effets ne pouvaient être évités par des mesures appropriées. Un malaise, une panne, une intempérie ou le fait d’un tiers doivent être examinés concrètement ; aucun de ces événements n’est automatiquement une force majeure.

La faute de la victime : simple, grave ou inexcusable — ce que chaque qualification change

Dans le régime Badinter, l’article 3 de la loi du 5 juillet 1985 prévoit que seule la faute inexcusable de la victime non conductrice, cause exclusive de l’accident, peut lui être opposée pour ses atteintes corporelles, sous réserve de la recherche volontaire du dommage. Se tenir debout ou ne pas tenir une barre ne caractérise pas, à lui seul, cette exception. Hors Badinter, le comportement de la victime s’apprécie selon le contrat, le droit commun et son rôle causal : le seuil n’est pas automatiquement celui de la faute inexcusable.

Le fait d’un tiers (n’exonère pas dans le régime Badinter)

Dans le régime Badinter, l’article 2 interdit au conducteur ou au gardien d’un véhicule impliqué d’opposer à la victime la force majeure ou le fait d’un tiers. Hors de ce régime, le fait du tiers peut constituer une cause d’exonération s’il réunit les conditions requises. Il ne faut donc pas appliquer la même réponse à un passager de bus et à un passager de métro.

Régie publique ou délégataire privé : quelle différence pour vous ?

Le statut public ou privé ne modifie pas le champ matériel de la loi Badinter. Il peut toutefois changer l’identité du défendeur, la qualité d’usager, l’assureur et parfois la juridiction, notamment lorsqu’un tiers invoque un ouvrage public. Pour la RTM, établissement public industriel et commercial, les litiges nés des rapports avec ses usagers relèvent en principe du juge judiciaire.

Comment cette page s’applique à votre cas

Cette page pose le socle juridique commun à toutes les situations d’accident de transport en commun. Pour la situation qui vous concerne précisément, poursuivez votre lecture sur l’une de nos pages dédiées : chute dans un bus, freinage brutal, accident de tramway, accident dans une rame, sur un quai ou dans une station de métro, ou encore notre page consacrée au détail de la loi Badinter appliquée aux transports en commun. Si vous vous demandez comment agir concrètement contre le réseau marseillais, consultez notre page recours contre la RTM après un accident. Et pour connaître le délai dont vous disposez pour agir, notre page sur la prescription du recours en accident de transport répond à cette question essentielle.

Pour une vision d’ensemble de la procédure, de l’expertise médicale à l’indemnisation définitive, notre guide des accidents de bus à Marseille présente les principes communs, et notre guide de l’indemnisation transport en commun couvre l’ensemble des modes de transport.

FAQ

Questions fréquentes

Être debout est-il une faute ?

Le seul fait d’être debout dans un bus ne caractérise pas une faute inexcusable au sens de la loi Badinter. Un comportement distinct — par exemple le non-respect délibéré d’une interdiction ou une action dangereuse — doit être examiné selon les circonstances et le régime applicable.

Sans titre de transport, suis-je protégé ?

L’absence de titre ne prive pas, à elle seule, du régime Badinter lorsqu’un bus ou un car est impliqué dans un accident de la circulation. Pour un transport qui n’entre pas dans cette loi, elle peut en revanche modifier le fondement contractuel du recours ; une éventuelle action de droit commun doit alors être examinée selon les faits et les conditions propres à ce fondement.

L’ivresse de la victime change-t-elle tout ?

Non, à elle seule. Dans le régime Badinter, l’état d’ivresse ne caractérise pas automatiquement la faute inexcusable, cause exclusive de l’accident, exigée pour opposer sa faute corporelle à un passager. Le comportement concret et son rôle causal doivent être établis. Hors loi Badinter, notamment dans le métro ou dans un tramway sur voie propre, la faute de la victime s’apprécie selon le droit commun et peut produire des effets différents.

Qui prouve quoi dans le procès ?

Sous la loi Badinter, la victime établit l’accident, l’implication du véhicule, le dommage et le lien causal ; celui qui invoque une faute exonératoire doit la prouver. En matière contractuelle, la victime établit le contrat ou sa qualité de voyageur, l’accident pendant son exécution et le dommage ; le transporteur doit démontrer la cause d’exonération qu’il invoque.

Le transporteur est-il toujours responsable d’une chute ?

Non, pas automatiquement. Il faut identifier le véhicule, le lieu et le moment de la chute, puis établir les faits requis par le régime applicable. Une chute à bord d’un bus, dans un métro ou sur le quai d’une station ne relève pas nécessairement des mêmes règles.

Faut-il une collision pour appliquer la loi Badinter à un bus ?

Non. Une collision n’est pas indispensable : l’implication du bus peut notamment résulter de son mouvement, d’un freinage, d’une accélération, d’une manœuvre ou du fonctionnement d’une porte. Les circonstances précises de la chute doivent toutefois être établies.

Les mêmes règles s’appliquent-elles au bus et au métro ?

Non. Un bus impliqué dans un accident de la circulation peut relever de la loi Badinter. Le métro est exclu de ce régime et relève notamment de la responsabilité contractuelle pendant l’exécution du transport, ou d’un autre fondement lorsque l’accident survient dans la station.

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