Guide de référence · Loi Badinter

Piéton renversé : la protection renforcée de la loi Badinter

Par Maître Lionel SARFATI, Avocat au Barreau de Marseille · Publié le · Mis à jour le · Lecture : 12 min

Renversé sur un passage piéton, sur un trottoir ou en traversant, le piéton bénéficie de la protection renforcée de l’article 3 de la loi Badinter lorsqu’un véhicule terrestre à moteur est impliqué. Une imprudence ordinaire ne réduit pas son indemnisation corporelle. Il faut néanmoins prouver l’accident, l’implication du véhicule et le dommage, puis vérifier les exceptions strictes prévues par la loi.

En bref
  • Un piéton renversé par un véhicule terrestre à moteur est indemnisé intégralement dans la quasi-totalité des cas.
  • Son imprudence — traverser hors des clous, de nuit, ou avoir bu — ne lui est pas opposable.
  • La seule limite, la faute inexcusable cause exclusive, n'est presque jamais retenue par les tribunaux.
  • Véhicule en fuite ou non assuré ? Le FGAO peut intervenir, sous ses conditions et délais propres.
  • L'assureur doit présenter une offre dans des délais stricts ; leur méconnaissance peut entraîner la majoration prévue par l’article L. 211-13.

Le principe : une protection renforcée

La loi du 5 juillet 1985, dite loi Badinter, distingue deux catégories de victimes. D'un côté les conducteurs, dont le droit à indemnisation peut être réduit par leur propre faute. De l'autre les victimes non conductrices — piétons, cyclistes, passagers — bien plus protégées. Le piéton renversé par un véhicule terrestre à moteur a droit à la réparation intégrale de son préjudice corporel, sans que sa propre imprudence puisse, en principe, lui être opposée.

Deux points sont souvent mal compris. La loi n’exige pas la preuve d’une faute du conducteur : il faut établir que le véhicule a été impliqué dans l’accident. Cette implication n’exige pas nécessairement un choc direct : une manœuvre ou une présence ayant joué un rôle peut suffire. La demande est alors dirigée contre le conducteur ou le gardien tenu à réparation et son assureur ; le FGAO peut intervenir si le véhicule demeure inconnu ou n’est pas assuré et si ses conditions sont réunies.

Concrètement, le débat ne porte donc presque jamais sur « qui est responsable », mais sur l'évaluation du préjudice : c'est là que se joue le montant réel de votre indemnisation, et c'est là qu'un accompagnement change tout.

La seule limite : la faute inexcusable, cause exclusive

La seule faute susceptible de réduire ou d'exclure l'indemnisation d'un piéton est la faute inexcusable, à la condition qu'elle soit la cause exclusive de l'accident. La Cour de cassation en donne une définition d'une extrême sévérité : une faute volontaire d'une exceptionnelle gravité exposant sans raison valable son auteur à un danger dont il aurait dû avoir conscience.

Dans les faits, elle n'est presque jamais retenue. Traverser hors des passages protégés, de nuit, ou en état d'imprégnation alcoolique ne suffit pas à la caractériser. Maître Lionel SARFATI l'a démontré dans une décision commentée où un piéton présentant près de 4 g/l d'alcool a conservé un droit à indemnisation entier, faute de lien de causalité exclusif entre son état et l'accident. Et c'est à l'assureur, non à la victime, de rapporter cette preuve.

Loi du 5 juillet 1985, article 3 « Les victimes, hormis les conducteurs de véhicules terrestres à moteur, sont indemnisées des dommages résultant des atteintes à leur personne qu'elles ont subies, sans que puisse leur être opposée leur propre faute à l'exception de leur faute inexcusable si elle a été la cause exclusive de l'accident. »

Passage piéton, trottoir, hors des clous : votre situation

Lorsque la loi Badinter s’applique, ces situations relèvent toutes de l’article 3, mais les faits demeurent importants pour établir l’implication du véhicule et examiner les exceptions légales.

Droit à indemnisation du piéton selon la situation de l'accident
Votre situationVotre droit à indemnisation
Sur un passage piétonProtection renforcée. Une faute ordinaire du piéton n’est pas opposable ; les exceptions de l’article 3 demeurent.
Hors des clous / au milieu de la chausséeRéparation intégrale dans la quasi-totalité des cas : l'imprudence ne suffit pas à caractériser une faute inexcusable.
Sur le trottoir ou un accotementProtection renforcée. Il faut établir l’implication du véhicule et le dommage ; une faute ordinaire ne réduit pas l’indemnisation corporelle.
En descendant d'un véhicule / entre deux voituresQualification à vérifier. La qualité de conducteur ou de non-conducteur s’apprécie au moment précis de l’accident.
Enfant, personne de plus de 70 ans ou titulaire d’un titre à 80 %Indemnisation même en cas de faute inexcusable, sauf recherche volontaire du dommage.
Véhicule en fuite ou non assuréLe FGAO peut intervenir, sous ses conditions de preuve, de subsidiarité et de délai.
Piéton renversé : êtes-vous indemnisé ?
Piéton renversé par un véhicule Indemnisation INTÉGRALE imprudence non opposable Exception : faute inexcusable cause exclusive — presque jamais retenue Fuite ou véhicule non assuré ? le FGAO peut intervenir sous conditions

Les victimes bénéficiant d’une protection supplémentaire

La loi va plus loin pour les victimes âgées de moins de 16 ans ou de plus de 70 ans, ainsi que pour celles qui sont titulaires, au moment de l’accident, d’un titre leur reconnaissant un taux d’incapacité permanente ou d’invalidité d’au moins 80 %. Elles sont indemnisées de leur dommage corporel même si une faute inexcusable est retenue. La recherche volontaire du dommage reste toutefois une cause d’exclusion.

L’âge et le taux doivent être appréciés au jour de l’accident et justifiés par les pièces adaptées. Cette protection ne dispense pas d’établir l’implication du véhicule au sens de la loi Badinter et l’imputabilité des dommages réclamés.

Délit de fuite ou véhicule non assuré : le FGAO

Le piéton renversé par un véhicule non identifié ou non assuré peut solliciter le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO), à condition de remplir les règles de preuve, de subsidiarité, de territoire et de délai prévues par le Code des assurances.

Le recours au FGAO obéit à des échéances distinctes de la prescription de droit commun. En cas d’auteur inconnu, la demande relative à une atteinte à la personne doit notamment être adressée au Fonds dans les trois ans de l’accident, avec une échéance supplémentaire de cinq ans pour parvenir à un accord ou engager l’action prévue par le texte. Une plainte et un signalement rapide aux forces de l’ordre sont fortement recommandés pour objectiver le délit de fuite. Consultez le guide sur le FGAO après un accident avec un véhicule en fuite ou non assuré.

Que faire juste après avoir été renversé

Les premières semaines conditionnent la solidité de votre dossier. Cinq réflexes essentiels :

  1. Faites constater vos blessures. Le certificat médical initial, qui décrit précisément chaque lésion, est la pièce maîtresse de toute l'indemnisation à venir.
  2. Signalez l'accident et, si besoin, portez plainte. En cas de délit de fuite, une démarche rapide auprès des forces de l’ordre est particulièrement utile pour objectiver les circonstances et rechercher le véhicule.
  3. Rassemblez les preuves. Coordonnées des témoins, photos des lieux et des dégâts, procès-verbal, main courante : tout ce qui documente le déroulé de l'accident.
  4. Ne signez rien à la hâte. Une offre amiable précoce peut être provisoire, incomplète ou fondée sur une expertise encore insuffisante. Vérifiez les postes retenus et la portée du document avant toute signature.
  5. Préparez l’expertise médicale. L’expertise fournit les éléments médico-légaux utilisés pour évaluer les séquelles ; une préparation précise et, lorsque l’enjeu le justifie, une assistance médicale de recours peuvent être utiles.

Un assureur vous propose déjà une offre, ou vous oppose votre « imprudence » ? Faites analyser votre dossier avant de signer quoi que ce soit. Le premier rendez-vous est gratuit et sans engagement.

Ce qui est indemnisé

La réparation intégrale couvre l'ensemble des postes de préjudice de la nomenclature Dintilhac, patrimoniaux comme personnels. Les principaux :

Principaux postes de préjudice indemnisables
Poste de préjudiceCe qu'il répare
Déficit fonctionnel permanentLes séquelles définitives après consolidation (le « taux d'AIPP »).
Souffrances enduréesLes douleurs physiques et psychiques subies jusqu'à la consolidation.
Préjudice esthétiqueCicatrices, boiterie, altérations visibles, temporaires et définitives.
Pertes de gains & incidence professionnelleRevenus perdus et retentissement durable sur la carrière.
Assistance tierce personneL'aide humaine nécessaire au quotidien, avant et après consolidation.
Préjudice d'agrémentL'impossibilité de pratiquer une activité de loisir ou sportive.

Chaque poste se chiffre séparément. Notre outil « Votre indemnisation » après consolidation présente les critères à examiner, poste par poste, sans produire de montant automatique.

Délais, provisions et offre de l'assureur

L’article L. 211-9 du Code des assurances impose une offre d’indemnisation au plus tard dans les huit mois de l’accident. Si la consolidation n’a pas été portée à la connaissance de l’assureur dans les trois mois, cette offre peut être provisionnelle ; l’offre définitive doit alors intervenir dans les cinq mois suivant l’information sur la consolidation. Le délai de trois mois prévu pour une demande entièrement quantifiée et une responsabilité non contestée se combine avec ce calendrier, le délai le plus favorable à la victime s’appliquant.

Une provision peut être demandée lorsque le principe de l’obligation n’est pas sérieusement contestable. Le non-respect du calendrier de l’offre peut entraîner l’intérêt au double du taux légal dans les conditions de l’article L. 211-13. L’action en réparation d’un dommage corporel se prescrit en principe par dix ans à compter de la consolidation (article 2226 du Code civil), sans préjudice des délais spéciaux du FGAO.

Comment Maître Lionel SARFATI agit

Maître Lionel SARFATI, qui intervient exclusivement pour les victimes et non pour les assureurs, vérifie l’application de la loi Badinter, répond aux fautes invoquées, examine la recevabilité d’un recours FGAO, prépare l’expertise médicale et chiffre les postes de préjudice justifiés. Il intervient à Marseille et dans le ressort de la cour d’appel d’Aix-en-Provence, sans qu’aucun résultat puisse être présumé avant l’étude du dossier.

100 %dédié aux victimes — jamais aux assureurs
5/5plus de 190 avis Google
Gratuitpremier rendez-vous, sans engagement
15 ansd'expérience en dommage corporel
Résultats obtenus

Décisions et indemnisations obtenues par Maître Lionel SARFATI

Le régime protecteur de la loi Badinter appliqué à des piétons renversés, mineurs et majeurs, à Marseille et dans les Bouches-du-Rhône.

Victime / dossierAssureurRésultat obtenu
Madame C. — Enfant en poussette au moment du chocMAAF Assurances20 448,75 €
Monsieur C. — Piéton percuté par une cyclisteGENERALI IARD48 894,25 €
Monsieur F. — Jugement rendu par défaut faute de comparution de l'assureurMATMUT17 144,82 €
Monsieur G. — MineurGENERALI IARD22 439,40 €
Madame G. — MineureMATMUT11 630 €
Monsieur G. — Incidence professionnelle d'un chirurgien-dentisteMAAF Assurances23 809 €
Monsieur M. — Faute inexcusable du piéton écartée par le tribunalS.A. GAN AssurancesNON DÉFINITIF — provision de 10 000 € à ce stade
Madame R. — Doublement des intérêts légaux après huit relances de l'assureurAVANSSUR16 242,50 €
Monsieur K. — Polytraumatisme sévèreAllianz IARD147 613,72 €

Voir l'ensemble des résultats obtenus par Maître Lionel SARFATI.

Questions fréquentes

Un piéton est-il toujours indemnisé après un accident de la route ?

Pas dans tous les cas. Lorsque la loi Badinter s’applique, le piéton bénéficie d’une protection renforcée pour ses dommages corporels. Une faute ne peut en principe lui être opposée que si elle est inexcusable et constitue la cause exclusive de l’accident, sous réserve du régime spécial de certaines victimes et de la faute volontaire. L’implication d’un véhicule terrestre à moteur et le lien avec les dommages doivent néanmoins être établis.

Ai-je droit à indemnisation si j'ai traversé hors du passage piéton ?

En principe oui. Traverser hors du passage, même de nuit, ne caractérise pas à soi seul une faute inexcusable. L’assureur devrait établir une faute volontaire d’une exceptionnelle gravité constituant la cause exclusive de l’accident, sous réserve des autres exceptions de l’article 3.

Faut-il un contact direct avec le véhicule pour être indemnisé ?

Non. Il suffit que le véhicule ait été « impliqué » dans l'accident. Une chute provoquée par la manœuvre, le freinage ou la présence d'un véhicule peut ouvrir droit à indemnisation, même sans choc.

Que se passe-t-il si le conducteur a pris la fuite ?

Le FGAO peut intervenir si les conditions de preuve, de subsidiarité, de territoire et de délai sont remplies. Il est utile de signaler rapidement les faits, de rechercher les témoins et les images, puis de vérifier sans attendre les échéances propres au Fonds.

Existe-t-il des piétons indemnisés même en cas de faute inexcusable ?

Oui : les moins de 16 ans, les plus de 70 ans et les personnes titulaires, au moment de l’accident, d’un titre reconnaissant au moins 80 % d’incapacité permanente ou d’invalidité sont indemnisés même en cas de faute inexcusable, sauf recherche volontaire du dommage.

Combien de temps ai-je pour agir ?

Le délai de dix ans à compter de la consolidation prévu par l'article 2226 du Code civil concerne de nombreuses actions en réparation d'un dommage corporel, mais des délais propres peuvent s'ajouter selon le recours. Il reste utile d'agir tôt pour préserver les preuves et, lorsque les conditions sont réunies, demander une provision.

Quels préjudices peut-on réclamer ?

Les postes de la nomenclature Dintilhac qui sont réellement subis, imputables à l’accident et prouvés : déficits fonctionnels, souffrances endurées, aide humaine, pertes de gains, incidence professionnelle, préjudices d’agrément ou esthétique, notamment.

L'assureur invoque ma faute pour réduire l'indemnisation : est-ce fondé ?

Pour les dommages corporels d’un piéton relevant de la loi Badinter, une simple imprudence ne suffit pas. L’assureur doit établir une faute inexcusable constituant la cause exclusive de l’accident, sauf règles encore plus protectrices liées à l’âge ou au taux d’incapacité et sous réserve d’une faute volontaire. L’argument doit donc être confronté aux faits et aux critères jurisprudentiels.

Faut-il vraiment un avocat pour être bien indemnisé ?

Ce n'est pas obligatoire. Un avocat peut toutefois vérifier le droit applicable, préparer l'expertise et chiffrer chaque poste en confrontant l’offre aux pièces du dossier. L’intervention ne garantit aucun résultat ni montant. Le cabinet propose un premier échange gratuit.

Vous ou un proche avez été renversé en tant que piéton ?

La loi Badinter protège fortement le piéton pour ses dommages corporels lorsqu’elle est applicable, même en présence d’une imprudence ordinaire. Maître Lionel SARFATI examine les circonstances, les preuves et les exceptions invoquées. Premier échange gratuit.

Premier rendez-vous gratuit 04 96 11 11 85

Sources officielles : loi n° 85-677 du 5 juillet 1985, notamment articles 1 à 3 ; Code des assurances, articles L. 211-9, L. 211-13 et R. 421-12 ; Code civil, article 2226. Information générale ne remplaçant pas l’analyse des circonstances et des pièces.

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