Guide de référence · Poste de préjudice

Assistance par tierce personne : indemnisation de l'aide humaine temporaire ou permanente

Par Maître Lionel SARFATI, Avocat au Barreau de Marseille · Publié le · Mis à jour le · Lecture : 18 min

Après un accident, une agression ou un accident médical, une victime peut avoir besoin d'aide pour se laver, s'habiller, préparer les repas, se déplacer, entretenir son logement, accomplir des démarches ou rester en sécurité. Cette assistance par tierce personne peut ne durer que quelques semaines, évoluer par périodes ou subsister après la consolidation. Elle doit être évaluée à partir des besoins réels de la victime, et non de la seule gravité apparente de ses séquelles.

Réponse en bref

L'assistance par tierce personne indemnise l'aide humaine rendue nécessaire par le dommage. Avant la consolidation, elle répare un besoin temporaire, même si la victime récupère ensuite son autonomie. Après la consolidation, elle couvre le besoin permanent ou durable. L'aide peut être apportée par un professionnel ou gratuitement par un proche : son caractère familial ne permet pas de réduire l'indemnisation. Le calcul dépend des tâches, du temps nécessaire, du coût adapté et de la durée du besoin.

Qu'est-ce que l'assistance par tierce personne ?

Ce poste répare la perte d'autonomie qui oblige la victime à recourir à une autre personne. Il ne se limite pas aux besoins vitaux. La Cour de cassation rappelle que l'indemnisation doit considérer l'ensemble des actes de la vie quotidienne, et non seulement l'alimentation, la toilette ou la sécurité. Pouvoir accomplir quelques tâches ménagères légères ne suffit donc pas à exclure tout besoin d'aide humaine.

Cette définition large a été affirmée par la deuxième chambre civile le 6 juillet 2023. Elle conduit à examiner concrètement la vie de la victime : ce qu'elle ne peut plus faire, ce qu'elle accomplit plus lentement ou dangereusement, ce qui nécessite une stimulation, une surveillance ou la présence d'un tiers.

Tierce personne temporaire et permanente : quelle différence ?

Point comparéAide humaine temporaireAide humaine permanente
PériodeEntre le fait dommageable et la consolidation, par périodes successives.Après la consolidation, lorsque le besoin subsiste.
Situation possibleImmobilisation, interdiction d'appui, port d'un corset, fatigabilité, soins lourds ou perte provisoire d'autonomie.Séquelles motrices, cognitives, sensorielles ou psychiques imposant durablement une aide ou une surveillance.
CalculNombre d'heures × coût horaire × durée exacte de chaque période.Arrérages déjà échus, puis coût annuel futur versé sous forme de rente ou converti en capital.
ConséquenceLa victime peut être indemnisée même si elle retrouve ensuite son autonomie.Le besoin peut être viager, mais aussi limité dans le temps ou susceptible d'évoluer.

Dans la présentation de la nomenclature Dintilhac, l'aide humaine antérieure à la consolidation est généralement liquidée parmi les frais divers, tandis que l'assistance par tierce personne constitue un poste patrimonial permanent après consolidation. Cette différence de classement ne change pas le principe : tout besoin imputable au dommage doit être examiné.

Quels besoins d'aide humaine peuvent être indemnisés ?

L'évaluation ne doit pas partir d'un chiffre global choisi à l'avance. Elle commence par l'inventaire des tâches et de leur fréquence. Selon le handicap, l'aide peut être active, passive, ponctuelle, pluriquotidienne ou continue.

Pour un enfant, il faut isoler le surcroît d'aide directement causé par le dommage par rapport à l'assistance normalement apportée à un enfant du même âge. Le réconfort moral ou la présence parentale ordinaire ne suffisent pas, à eux seuls, à caractériser une tierce personne indemnisable.

Barème médical, autonomie et expertise

Ce que montre le barème du Concours médical

Le Barème indicatif d'évaluation des taux d'incapacité en droit commun publié par Le Concours médical décrit, notamment pour les atteintes neurologiques, des situations de perte d'autonomie, de troubles de l'initiative, de mémoire, de comportement ou de gestion des situations complexes. Il insiste sur la nécessité de bilans médicaux précis et spécialisés. Il s'agit toutefois d'un barème de déficit fonctionnel : il ne fixe ni le nombre d'heures de tierce personne ni leur coût.

Source médico-légale consultée : Le Concours médical, Barème indicatif d'évaluation des taux d'incapacité en droit commun, édition 2001, chapitre neurologique, notamment pages 19 à 21.

Le taux de déficit fonctionnel permanent et le besoin d'aide humaine sont donc deux données distinctes. Un taux élevé peut s'accompagner d'un besoin important, mais il n'existe aucune conversion automatique du type « x % de déficit = x heures d'aide ». Inversement, une personne conservant une apparente autonomie pour les actes essentiels peut avoir besoin d'aide pour l'ensemble de son quotidien, notamment en présence de troubles cognitifs, d'une grande fatigabilité ou d'un risque de chute.

L'expertise médicale doit décrire, pour chaque période, la nature de l'aide, sa durée, sa fréquence, son caractère spécialisé ou non, ainsi que les éventuels besoins de surveillance. Un bilan d'ergothérapie, une évaluation neuropsychologique ou une mise en situation au domicile peuvent être déterminants.

Comment prouver le besoin de tierce personne ?

L'absence de facture n'interdit pas l'indemnisation. Elle ne dispense toutefois pas de prouver le besoin. Il faut transformer le quotidien de la victime en éléments précis, vérifiables et cohérents avec les données médicales.

Une attestation utile ne se contente pas d'indiquer « j'ai aidé la victime ». Elle précise, par exemple, qui préparait les repas, combien de temps nécessitaient la toilette et l'habillage, à quelle fréquence les courses étaient réalisées, quels déplacements étaient impossibles et comment le besoin a évolué.

Comment préparer l'évaluation de l'aide humaine avant l'expertise ?

Un jour type, complété si nécessaire par une semaine type, permet de décrire les besoins sans les gonfler ni en oublier. Il faut relever uniquement les tâches que la victime ne peut plus accomplir seule, ou qu'elle réalise avec des difficultés imposant réellement l'intervention d'un tiers.

Matin
Lever, transferts, toilette, habillage, préparation du petit-déjeuner et aide à la prise des traitements lorsqu'elle est nécessaire.
Journée
Repas, courses, déplacements, rendez-vous médicaux, démarches, entretien du logement, accompagnement ou surveillance.
Soir
Préparation du repas, déshabillage, toilette, installation et coucher.
Nuit
Présence de sécurité, surveillance ou interventions ponctuelles lorsqu'elles sont objectivées.

Pour chaque tâche, il est utile d'indiquer sa fréquence, sa durée approximative, la personne qui intervient et l'évolution du besoin entre le retour à domicile et la consolidation. Cette chronologie doit rester cohérente avec les pièces médicales.

Comment calculer la tierce personne temporaire ?

La période antérieure à la consolidation doit être découpée en fonction de l'évolution médicale : retour d'hospitalisation, immobilisation stricte, reprise partielle de l'appui, amélioration de l'autonomie, nouvelle intervention ou rechute. Une moyenne unique peut masquer des besoins très différents.

Formule

Heures quotidiennes × nombre de jours × coût horaire adapté

Lorsque l'aide est hebdomadaire, le calcul est réalisé à partir du nombre d'heures par semaine et de la durée exacte de la période.

Exemple pédagogique

1,5 heure × 90 jours × 22 € = 2 970 €

Ce taux est seulement illustratif. Le coût pertinent dépend de la période, de la nature de l'aide et des éléments produits dans le dossier.

Les périodes d'hospitalisation sont habituellement retranchées lorsque l'établissement couvre effectivement le besoin. Elles ne doivent cependant pas être neutralisées mécaniquement si une aide personnelle distincte et médicalement justifiée reste nécessaire.

Quel taux horaire retenir ?

Il n'existe pas de tarif national unique imposé au juge. Le coût doit être adapté à la nature de l'aide : aide active non spécialisée, intervention qualifiée, surveillance, horaires nocturnes, dimanches, jours fériés, contraintes de remplacement et mode d'organisation choisi. Les décisions antérieures donnent des repères, mais ne constituent pas un barème automatique.

Faut-il calculer sur 365 ou 412 jours ?

Le besoin existe toute l'année, mais le mode de calcul doit éviter aussi bien l'oubli des congés et remplacements que leur double indemnisation. Une base majorée, souvent présentée sur 412 jours, peut intégrer les congés payés et jours fériés lorsque le coût horaire ne les comprend pas déjà. Une base de 365 jours peut être cohérente lorsque le tarif prestataire ou le coût horaire retenu intègre l'ensemble des charges et remplacements.

Jurisprudence récente Le 17 octobre 2024, la Cour de cassation a censuré une décision qui refusait de tenir compte des congés payés et jours fériés au seul motif que l'aide temporaire était fournie par l'entourage. Cette solution interdit de minorer l'indemnité en raison du caractère familial de l'aide ; elle ne transforme pas pour autant 412 jours en règle arithmétique universelle.

Comment calculer la tierce personne permanente ?

Après consolidation, le calcul comprend d'abord les arrérages échus entre la consolidation et la liquidation, puis les besoins futurs. Le coût annuel futur peut être versé sous forme de rente ou converti en capital à l'aide d'un barème de capitalisation.

Coût annuel

Heures par jour × coût horaire × base annuelle

À titre illustratif, une heure quotidienne à 22 € représente 8 030 € sur 365 jours ou 9 064 € sur 412 jours. Le choix de la base doit rester cohérent avec le contenu du taux.

Besoin futur

Coût annuel × coefficient de rente viagère ou temporaire

Le coefficient dépend notamment de l'âge, de la durée du besoin, de la table de mortalité et du taux d'actualisation retenus.

Aucun barème privé de capitalisation ne s'impose automatiquement. Le choix doit être discuté à la date de la liquidation. La rente peut sécuriser un besoin régulier ; le capital peut mieux correspondre à certains projets de vie et laisse à la victime la libre disposition de l'indemnité. La solution dépend du dossier.

Dossiers anonymisés

Deux dossiers où l’aide humaine a été déterminante

Ces exemples montrent comment le besoin est relié aux limitations concrètes et aux périodes retenues par l’expertise.

52 197,54 €
pour la tierce personne

Piéton polytraumatisé : aide temporaire puis viagère

Les besoins avaient été évalués par périodes successives, de quatre heures par jour jusqu’à une heure par semaine. L’indemnisation globale du dossier s’est élevée à 147 613,72 €.

Lire le dossier détaillé →
12 418,57 €
indemnisation globale

Fracture du coude : besoin temporaire d’aide humaine

Après une chute dans un hall d’immeuble, l’expertise a notamment objectivé l’immobilisation prolongée, le déficit temporaire et l’aide nécessaire pendant la récupération.

Lire le dossier détaillé →

Chaque situation étant différente, ces résultats ne permettent pas de préjuger de l’indemnisation susceptible d’être obtenue dans une autre affaire.

L'aide apportée par un proche est-elle indemnisée ?

Oui, si le besoin est établi et imputable au dommage. Le conjoint, les parents ou les enfants n'ont pas à supporter gratuitement les conséquences de l'accident au bénéfice du responsable ou de son assureur. La Cour de cassation juge que l'indemnité ne peut être réduite en raison de l'assistance familiale ni subordonnée à la justification de dépenses effectives.

Ce principe vaut également pour la période temporaire. Le 10 octobre 2024, la deuxième chambre civile a cassé une décision qui avait retenu un coût minoré parce que la victime n'avait pas employé de salarié ni acquitté de charges sociales. Le 17 octobre 2024, elle a de nouveau refusé qu'une aide fournie par l'entourage soit privée de la prise en compte des congés et jours fériés.

Les décisions essentielles à connaître

Pour une présentation centrée sur la preuve, consultez également notre analyse : l'aide familiale gratuite peut être indemnisée lorsque le besoin est démontré.

PCH, aides sociales et déductions : pourquoi la réponse dépend du régime

Il est dangereux d'affirmer que la prestation de compensation du handicap serait toujours déductible ou jamais déductible. La solution dépend notamment du débiteur de l'indemnisation, du régime applicable, de la période effectivement couverte et de l'existence d'un mécanisme de remboursement.

En matière d'indemnisation par la CIVI et le FGTI, la PCH déjà perçue au titre du même besoin peut être prise en compte. En revanche, la Cour de cassation a jugé qu'une PCH future ne pouvait pas être capitalisée de manière théorique au-delà de la période pour laquelle elle avait été accordée, puisque la victime n'est pas tenue d'en demander le renouvellement. Elle a également refusé que le versement d'une rente soit conditionné chaque année à une attestation de non-perception de la PCH.

Dans le contentieux de l'ONIAM, la première chambre civile a, le 4 septembre 2024, confirmé la déduction de la PCH accordée pour la période concernée, mais non au-delà de la date d'attribution connue. Face à un assureur de responsabilité, au FGAO, au FGTI, à l'ONIAM ou à une personne publique, l'analyse doit donc être menée prestation par prestation et période par période.

Les erreurs qui diminuent l'indemnisation de l'aide humaine

La difficulté principale se joue souvent dès l'expertise. Une fois un rapport définitif déposé avec un volume d'heures insuffisant ou une description trop restrictive, la discussion indemnitaire devient plus complexe. Le besoin doit être préparé, documenté puis, si nécessaire, contesté par un dire précis.

Estimer une aide humaine temporaire déjà évaluée

Lorsque le rapport d'expertise indique déjà un nombre d'heures, un rythme et une durée, le calculateur peut fournir une estimation indicative de la tierce personne temporaire. Il ne détermine pas le besoin médical et ne calcule pas l'aide permanente ou viagère, qui requiert une analyse individualisée.

Questions fréquentes sur l'assistance par tierce personne

L'aide apportée par mon conjoint ou mes parents est-elle indemnisée ?

Oui, lorsque le besoin est établi et imputable au dommage. L'indemnité ne peut être réduite du seul fait que l'aide a été apportée gratuitement par un proche, ni être subordonnée à des factures.

Une tierce personne temporaire est-elle indemnisable sans séquelles définitives ?

Oui. Le besoin d'aide peut exister pendant l'immobilisation ou la récupération puis disparaître avant ou au moment de la consolidation. Cette disparition ultérieure n'efface pas le besoin temporaire déjà subi.

Faut-il obligatoirement produire des factures ?

Non. L'indemnisation est fixée d'après le besoin, même lorsque l'aide a été familiale. Il reste nécessaire d'établir la réalité, la durée et la fréquence de l'aide par les éléments médicaux et les pièces du dossier.

Quel taux horaire faut-il retenir ?

Il n'existe pas de tarif légal unique. Le coût dépend de la période, des tâches, de la qualification nécessaire, des horaires, du mode d'intervention et des éléments produits. Les décisions antérieures ne sont que des repères.

Faut-il calculer l'aide humaine sur 365 ou 412 jours ?

Il n'existe pas de réponse mécanique. Le calcul doit couvrir le besoin annuel, les congés et les remplacements, sans les compter deux fois si le taux horaire les intègre déjà. Le caractère familial de l'aide ne justifie pas une minoration.

Que faire si l'expert n'a retenu aucune heure ou trop peu d'heures ?

Il faut confronter son avis aux limitations médicales, aux tâches réellement accomplies par les proches et aux éventuels bilans fonctionnels. Avant le dépôt définitif du rapport, ces éléments peuvent être présentés dans un dire argumenté.

Les heures de surveillance ou de nuit sont-elles indemnisables ?

Oui lorsqu'elles répondent à un besoin objectivé de sécurité, de stimulation ou d'intervention. Leur coût peut différer d'une aide active selon les contraintes concrètes.

Comment l'aide future est-elle indemnisée ?

Le coût annuel peut être versé sous forme de rente ou converti en capital. Le calcul dépend de la durée du besoin et du barème de capitalisation retenu au jour de la liquidation.

La PCH doit-elle toujours être déduite ?

Non, pas de façon automatique et globale. La réponse dépend du régime d'indemnisation, du débiteur, de la période couverte et de la prestation effectivement attribuée. Une analyse juridique individualisée est indispensable.

Peut-on demander davantage d'aide en cas d'aggravation ?

Oui, si une aggravation médicalement constatée augmente le besoin d'aide humaine et présente un lien avec le dommage initial. Une nouvelle expertise peut alors être nécessaire.

Vous avez besoin d'aide au quotidien depuis votre accident ?

L'aide humaine peut être indemnisée avant comme après consolidation, qu'elle soit apportée par un professionnel ou par un proche. Maître Lionel SARFATI intervient pour documenter les besoins, préparer l'expertise et discuter chaque paramètre du calcul. Premier échange gratuit.

Premier rendez-vous gratuit 04 96 11 11 85
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