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Agression — Infractions sexuelles et CIVI

Agression sexuelle et viol : indemnisation de la victime par la CIVI

Les infractions sexuelles relèvent expressément du dispositif de réparation intégrale de la CIVI. L’absence de lésion visible, d’auteur identifié ou de condamnation définitive n’exclut pas la demande, mais les faits et leurs conséquences doivent être présentés avec précision et respect.

Rédigé et mis à jour le par Maître Lionel SARFATI, avocat au Barreau de Marseille depuis 2011

En bref
  • La sécurité, les soins et l’accompagnement de la victime priment ; une preuve ne doit jamais être recherchée au prix d’un nouveau danger.
  • L’absence de trace physique est compatible avec une infraction sexuelle et avec un psychotraumatisme important.
  • Pour une infraction commise sur un mineur, le délai de forclusion CIVI ne court qu’à compter de sa majorité depuis la réforme applicable aux faits concernés.

Cette page répond à une situation précise. Elle complète la page mère civi et fgti sans la remplacer et permet d’orienter la victime vers le régime, les preuves et la procédure adaptés.

Plainte, examen médical et absence de lésions visibles

Une consultation rapide peut permettre soins, prélèvements, dépistage et constatations, sans que la valeur de la parole dépende d’une blessure. De nombreuses agressions ne laissent aucune trace physique durable. La cohérence des déclarations, messages, confidences, changements de comportement et éléments d’enquête est appréciée globalement.

La plainte n’est pas la seule pièce du dossier, mais elle permet l’enquête et la recherche de l’auteur. Un classement sans suite ne signifie pas nécessairement que les faits n’ont pas existé ; la CIVI statue selon son propre office civil.

Psychotraumatisme et expertise psychiatrique

Sidération, dissociation, souvenirs fragmentés, cauchemars, évitement, hypervigilance, troubles alimentaires ou sexuels peuvent apparaître immédiatement ou plus tard. Un suivi adapté est d’abord thérapeutique ; il contribue aussi à documenter l’évolution.

L’expertise doit éviter toute culpabilisation et distinguer état antérieur, facteurs de vulnérabilité et aggravation imputable. Les doléances peuvent couvrir vie affective, études, travail, sexualité, parentalité et autonomie.

Auteur inconnu, non condamné ou insolvable

La CIVI n’exige pas que l’auteur ait payé ni même qu’il soit identifié. La victime doit établir des faits présentant le caractère matériel d’une infraction et les conditions de nationalité ou de territorialité prévues par l’article 706-3.

Le FGTI formule une offre ou conteste le dossier dans le cadre de la procédure. Une provision peut être demandée au président de la commission lorsque le droit à indemnisation n’est pas sérieusement contestable ; l’article 706-6 prévoit qu’il soit statué dans le délai d’un mois sur cette demande.

Délais et victime mineure

La règle générale est une saisine dans les trois ans de l’infraction, avec prorogation jusqu’à un an après la décision pénale définitive lorsque des poursuites sont exercées. La commission peut relever de la forclusion dans les cas prévus par la loi.

Pour les faits commis sur un mineur relevant de la réforme applicable, l’article 706-5 prévoit que le délai ne court qu’à compter de la majorité. L’analyse doit tenir compte de la date des faits et du droit transitoire, sans appliquer mécaniquement le régime le plus récent à une situation ancienne.

Constituer le dossier

Quelles preuves conserver en priorité ?

Pièces utiles

  • plainte, auditions et éléments d’enquête
  • certificats, prélèvements et dossier médical
  • messages, confidences et attestations
  • suivi psychologique ou psychiatrique
  • justificatifs scolaires, professionnels et financiers

Erreurs à éviter

  • attendre que les preuves temporaires disparaissent ;
  • signer une transaction sans connaître son effet définitif ;
  • réduire le dossier aux seules factures médicales ;
  • confondre la consolidation avec la guérison ;
  • laisser expirer un délai indiqué dans une notification.
Parcours d’indemnisation

Les étapes à organiser

  1. Étape 1. Organiser les soins, la sécurité et l’accompagnement spécialisé.
  2. Étape 2. Conserver les éléments existants sans multiplier les récits inutiles.
  3. Étape 3. Saisir la CIVI avec une chronologie et un dossier médical structurés.
  4. Étape 4. Préparer l’expertise et distinguer tous les postes, notamment le préjudice sexuel.

L’expertise médicale de la victime, la demande de provision et l’analyse de l’offre d’indemnisation doivent être adaptées au régime applicable. Aucun montant ne peut être garanti avant l’étude des faits, des preuves et des conclusions médicales.

Préjudices corporels

Quels postes d’indemnisation examiner ?

Le chiffrage s’organise à partir de la nomenclature Dintilhac. Selon le dossier, il peut comprendre les dépenses de santé, les pertes de gains actuels, les pertes de gains futurs, l’aide humaine, le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances, le déficit permanent, le préjudice esthétique, l’agrément, le préjudice sexuel ou l’incidence professionnelle.

Les prestations sociales et remboursements ne se déduisent pas indistinctement du total. Leur imputation doit être contrôlée selon la nature des sommes versées et le poste qu’elles réparent.

Accompagnement de la victime

Comment l’avocat accompagne-t-il la victime dans la procédure d’indemnisation ?

Un avocat prépare la saisine de la CIVI avec les éléments médicaux, psychologiques, professionnels et procéduraux utiles, même en l’absence de lésion physique visible. Il explique la portée d’un classement sans suite, d’un auteur inconnu ou d’une procédure pénale encore en cours.

L’avocat veille au respect de l’intimité pendant l’expertise psychiatrique et à l’évaluation du psychotraumatisme, des pertes de revenus et des retentissements personnel et sexuel. Pour une victime mineure lors des faits, il vérifie également les règles particulières de représentation et de délai.

Cette analyse complète le guide de la procédure devant la CIVI.

Questions fréquentes

Réponses pratiques

Une agression sexuelle sans blessure visible peut-elle être indemnisée ?

Oui. Les infractions sexuelles sont expressément visées et le psychotraumatisme peut exister sans lésion physique visible.

Faut-il connaître l’auteur ?

Non. L’auteur peut être inconnu, non poursuivi ou insolvable si les faits matériels et les autres conditions sont établis.

Un classement sans suite ferme-t-il la CIVI ?

Non automatiquement. La CIVI apprécie elle-même les éléments matériels de l’infraction.

Quel délai pour une victime mineure ?

Pour les faits concernés par la réforme, le délai de forclusion ne court qu’à compter de la majorité ; la date des faits doit être vérifiée.

Faire analyser votre situation

Le premier échange permet d’identifier les preuves, le régime et les prochaines étapes utiles.

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